L’absence totale de système de retraite ne concerne pas uniquement des micro-États ou des territoires en conflit. Plusieurs dizaines de pays ne disposent d’aucun régime contributif généralisé ni de pension sociale de base pour leurs populations âgées. Selon le Bureau international du Travail, la grande majorité de la population mondiale en âge de travailler n’est couverte par aucun régime de retraite garantissant un revenu suffisant à la vieillesse.
Secteur informel et absence de droit à pension : le mécanisme structurel
Un système de retraite par répartition ou par capitalisation repose sur un préalable : l’existence d’un salariat formel déclaré, avec des cotisations traçables. Dans les économies où le secteur informel représente la quasi-totalité de l’emploi, ce préalable n’existe pas.
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Nous observons que la distinction entre « pays sans système de retraite » et « pays avec un système qui ne couvre personne » est souvent floue dans la littérature. Un régime peut exister sur le papier, réservé aux fonctionnaires ou aux militaires, sans qu’aucune pension ne soit versée aux travailleurs agricoles, artisans ou commerçants qui composent la majorité de la population active.
C’est le cas dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud. Le Tchad, par exemple, dispose formellement d’une caisse de retraite pour les agents de l’État, mais les retards de versement et l’exclusion totale du secteur informel rendent ce dispositif inopérant pour la population générale. Les personnes âgées dépendent alors de la solidarité familiale, communautaire ou religieuse, sans filet institutionnel.
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Pays sans régime de retraite : au-delà des listes simplifiées
Les articles grand public se contentent souvent de reprendre le chiffre du BIT sur la couverture mondiale sans nommer les pays concernés. La réalité est plus granulaire.
Absence totale de régime contributif et non contributif
Certains États ne disposent ni de régime contributif généralisé, ni de pension sociale universelle. Dans ces cas, aucune structure étatique ne verse de prestation vieillesse à la population générale. L’Afghanistan illustre un cas extrême : après l’effondrement institutionnel de 2021, le système de retraite a cessé de fonctionner pour la majorité de la population. Les agriculteurs et travailleurs informels, déjà exclus avant cette date, restent sans aucun droit à pension.
Régimes fantômes réservés à une fraction de la population
D’autres pays affichent un cadre légal mais avec un taux de couverture si faible qu’il revient, en pratique, à une absence de système. Nous distinguons trois configurations récurrentes :
- Régime limité aux fonctionnaires et forces armées, sans extension au secteur privé ni aux indépendants (cas fréquent en Afrique de l’Ouest et en Asie centrale).
- Régime contributif existant mais avec des arriérés de versement de plusieurs années, rendant le droit à pension théorique (situation documentée au Tchad).
- Régime suspendu ou détruit par un conflit armé, sans reconstruction institutionnelle (Afghanistan post-2021, certaines zones de conflit prolongé).
Dans chacun de ces cas, le résultat pour les retraités est identique : pas de revenu garanti par l’État.
Solidarité familiale comme substitut : un modèle sous pression
Là où aucun système de retraite ne fonctionne, la prise en charge des personnes âgées repose sur les enfants et la communauté élargie. Ce modèle, longtemps viable dans des sociétés à forte natalité et à faible urbanisation, se fragilise.
L’exode rural et l’émigration économique éloignent les jeunes actifs de leurs parents vieillissants. La transition démographique, même dans les pays les moins avancés, réduit progressivement le ratio d’actifs par personne âgée. Le transfert intergénérationnel informel ne suffit plus à garantir la survie économique des aînés.
Les institutions internationales préconisent depuis plusieurs années la mise en place de pensions sociales non contributives, financées par l’impôt, comme premier filet de sécurité. Quelques pays à revenu faible ont amorcé ce virage, avec des montants très modestes mais universels. Pour les États qui n’ont pas entamé cette transition, la pauvreté des personnes âgées reste structurelle.

Retraite par répartition ou capitalisation : un débat qui ne concerne pas ces pays
Les comparaisons internationales opposent souvent systèmes par répartition et systèmes par capitalisation, en prenant pour référence les pays de l’OCDE. Les pays de l’OCDE consacrent en moyenne une part significative de leur PIB aux pensions de vieillesse, davantage même que leurs dépenses de santé.
Ce cadre d’analyse est hors sujet pour les pays sans système de retraite. La question n’est pas de choisir entre répartition et capitalisation, mais de créer un premier étage de protection là où rien n’existe. L’enjeu n’est pas le mode de financement mais l’existence même d’un droit.
Pour les femmes dans ces pays, la situation est encore plus précaire. L’accès au travail formel étant plus restreint, elles sont les premières exclues des rares régimes existants. L’écart de couverture entre hommes et femmes est maximal dans les économies où le taux d’activité féminine formelle est le plus bas.
Ce que cela implique pour les expatriés et salariés internationaux
Un salarié détaché dans un pays sans système de retraite ne cotise à aucun régime local. Sans convention bilatérale de sécurité sociale, ces années travaillées ne génèrent aucun droit. La France a signé des accords avec plusieurs dizaines de pays, mais de nombreux États sans régime de retraite n’en font pas partie. Vérifier l’existence d’une convention bilatérale avant un départ est une précaution que nous recommandons systématiquement.
L’absence de système de retraite dans un pays d’accueil ne dispense pas de la question de la couverture vieillesse. Elle la rend simplement invisible, jusqu’au moment du départ en retraite.
La carte mondiale des systèmes de retraite reste très inégale. L’âge légal de départ, le taux de remplacement ou le mode de calcul des pensions sont des paramètres qui n’ont de sens que là où un régime existe. Pour une part significative de la population mondiale, ces notions restent abstraites.

