La question « quels sont les 5 pays émergents » appelle une réponse simple. Elle n’en a pas. Le terme « pays émergent » vient du vocabulaire financier, pas de la géographie politique. Il désignait à l’origine des marchés attractifs pour les investisseurs, et chaque institution qui l’utilise y met ses propres critères.
Pays émergents : une définition sans liste officielle
Aucun organisme international ne publie de liste officielle de pays émergents. Geoconfluences, le site de ressources en géographie de l’ENS de Lyon, le rappelle sans ambiguïté. Le Vietnam, le Mexique, l’Argentine y figurent souvent, mais l’Éthiopie (classée parmi les pays les moins avancés) ou la Pologne (membre de l’Union européenne) s’y retrouvent aussi selon les sources.
Cette absence de cadre fixe s’explique par l’origine même du concept. Un marché émergent est un marché jugé rentable par la finance, pas un stade de développement reconnu par le droit international. Les critères varient : croissance du PIB, ouverture commerciale, transformations structurelles, potentiel démographique.
Résultat : demander « quels sont les 5 pays émergents » revient à demander « quels sont les 5 meilleurs restaurants » sans préciser la ville, le budget ni le type de cuisine.
BRICS, FMI, BNP Paribas : des listes différentes selon l’institution
L’acronyme le plus connu reste BRICS, forgé en 2001 par un économiste de Goldman Sachs pour désigner le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, rejoints ensuite par l’Afrique du Sud. Ce groupement est devenu une alliance politique autant qu’économique, avec un élargissement récent à d’autres membres.
Le FMI utilise une classification différente. Le FMI classe comme émergents des pays absents des listes grand public, notamment l’Arabie saoudite, la Grèce, la Corée du Sud, le Qatar ou Taïwan. Ces économies ne correspondent pas à l’image habituelle du « pays en développement rapide », mais elles entrent dans la catégorie selon les critères retenus par le Fonds.

BNP Paribas, dans ses publications de recherche économique, segmente les émergents par zone géographique plutôt que par bloc homogène : Asie émergente, Europe centrale, Amérique latine, Afrique subsaharienne, avec des pays de référence distincts dans chaque région. L’Indonésie figure désormais parmi les toutes premières économies émergentes d’Asie dans ces classements récents.
Trois institutions, trois découpages. Le point commun reste la croissance économique soutenue et l’intégration progressive à l’économie mondiale.
Cinq pays émergents selon quels critères de croissance et de PIB
Si l’on retient les critères les plus fréquemment cités (croissance du PIB sur plusieurs années, transformation structurelle de l’économie, poids démographique, ouverture aux marchés internationaux), cinq noms reviennent avec une régularité notable :
- La Chine, première économie émergente par la taille de son PIB, bien que son statut d’« émergente » fasse débat compte tenu de sa puissance industrielle et technologique
- L’Inde, portée par une croissance rapide et une population massive, souvent placée au premier rang des marchés émergents par les investisseurs
- Le Brésil, poids lourd de l’Amérique latine avec des ressources naturelles considérables et un marché intérieur profond
- L’Indonésie, dont la montée en puissance dans les classements récents en fait un cas de bascule vers le statut de grande économie émergente
- L’Afrique du Sud, qui reste la porte d’entrée du continent africain pour les flux d’investissement, malgré des défis structurels persistants
Cette liste n’a rien de définitif. Elle reflète un consensus partiel, pas une réalité figée. Le Mexique, la Turquie ou le Nigeria pourraient tout aussi bien y figurer selon la pondération des critères.
Pourquoi la question « quels sont les 5 pays émergents » est trompeuse
Figer le nombre à cinq pose un problème de méthode. Le site donneesmondiales.com recense actuellement dix pays dans cette catégorie. D’autres sources en comptent bien davantage. Le chiffre cinq vient des BRICS, pas d’une analyse économique normée.
Le piège est double. D’abord, il laisse croire que l’émergence est un club fermé, alors que c’est un processus dynamique. Des pays y entrent, d’autres en sortent ou stagnent. Ensuite, il masque la diversité des trajectoires. Comparer la Chine (deuxième économie mondiale) et l’Afrique du Sud (confrontée à des coupures d’électricité chroniques) sous la même étiquette « émergent » a ses limites.

L’émergence peut aussi être un projet politique explicite. Le Sénégal, par exemple, a inscrit dans son programme officiel l’objectif de devenir un pays émergent avant 2035. L’émergence est autant une ambition déclarée qu’un constat statistique.
Économie émergente et marchés financiers : ce que les investisseurs regardent vraiment
Pour les gestionnaires de fonds et les analystes, la question « quels sont les pays émergents » se traduit en termes d’allocation d’actifs. Les indices boursiers dédiés aux marchés émergents (comme ceux de MSCI ou FTSE) ont leurs propres critères d’inclusion, qui mêlent taille du marché, liquidité, accessibilité pour les investisseurs étrangers et cadre réglementaire.
Un pays peut être classé « émergent » par le FMI et « frontière » par MSCI, ou l’inverse. La Corée du Sud, par exemple, figure parmi les marchés émergents chez MSCI alors que son niveau de développement la rapprocherait des économies avancées.
La catégorie « émergent » dépend de qui la définit et dans quel but. Un géographe, un économiste du FMI et un gérant de portefeuille ne parlent pas de la même chose quand ils emploient ce mot. Répondre « Chine, Inde, Brésil, Russie, Afrique du Sud » à la question des cinq pays émergents reste une convention héritée de l’acronyme BRICS, pas une vérité économique universelle.
La prochaine fois que cette question se pose, la réponse utile commence par une contre-question : selon quelle institution, quelle région et quel critère.

